Archive for the ‘Médias’ Category

Presse: Le Huffpost et La Tribune sont les nouveaux pure players

Mardi, janvier 31st, 2012

Rue 89, Slate, Mediapart, Atlantico, Owni et maintenant Le Huffpost (déclinaison FR du célèbre site américain). La scène française des sites de news exclusivement numériques n’en finit pas de s’enrichir. Et le phénomène ne va sans doute pas s’arrêter, tant les titres papiers doivent affronter de difficultés. La disparition de la version papier de la Tribune en cette fin janvier en témoigne.

De tous ces pure players,  Slate.fr est celui que je consulte le plus. Le site a été un des premiers à se lancer en France, et je suis réceptif à sa politique éditoriale basée sur du poil à gratter semé par des plumes prestigieuses. J’ai même répondu à un des articles du site américain.
Slate.fr, c’est aussi la déclinaison consacrée à l’Afrique, www.slateafrique.com, qui permet de libérer la parole et les analyses sur ce continent qui nous est cher. Il faut cependant préciser qu’en termes d’audience Slate.fr a connu une progression moins impressionnante que Le Post (aujourd’hui fusionné avec le Huffington Post, et que je n’ai jamais vraiment pratiqué) ou que Le Plus récemment lancé par Le Nouvel Obs… Sans doute lié au positionnement intellectuel du site, quand d’autres sont sur un positionnement “tabloïd”, voir ce qu’en dit Benoît Raphaël, créateur à la fois du Post et du Plus. Pour une vision globale  des audiences des sites de news français, consulter le classement établi par Marc Mentré pour Owni.

Rue 89 est le 2ème Pure Player que j’ai le plus consulté. Je ne parours plus trop les pages du site, même si j’ai installé sur mon iPad l’application éponyme. Rue 89, racheté par Le Nouvel Obs depuis fin 2011, partage avec Slate.fr ce goût pour un traitement “alternatif” de l’actualité.  Il avait ainsi lancé un site économique avec une approche alter.

Le grand mystère est Mediapart, qui, arrivé un peu après les autres, seul à avoir instauré une politique (risquée?) d’abonnement,  est cependant  le seul rentable semble-t-il. La politique éditoriale d’Edwy Plenel qui a joué à fond l’investigation a semble-t-il été bien servie par l’actualité ces dernières années. Les rares fois où j’ai essayé de lire les articles du site, je me suis malheureusement heurté au mur d’abonnement, et je n’ai pas poursuivi ma lecture…

Le Huffpost.fr, tout dernier arrivé, semble être lancé dans une confrontation avec Slate.fr. Cette nouvelle déclinaison française a elle aussi choisi de faire la part belle aux signatures prestigieuses, allant même jusqu’à confier des tribunes à des hommes politiques.
A ce stade du match, on peut souligner que Slate.fr a eu le temps d’installer une véritable identité éditoriale. Ce qu’on ne peut pas encore déceler pour le Huffpost. Installer une identité prend du temps. On ne perçoit pas encore ce qui unit la diversité de plumes affichées par le site depuis une dizaine de jours. Mais dans cette compétition qui commence, Le Huffpost disposerait, selon Benoît Raphaël, de l’arme fatale: une plateforme techologique capable de comprendre les attentes des internautes en termes d’information, et donc de tirer le meilleur parti de l’audience issue des moteurs de recherche.

Un témoignage analogique – A la une du New York Times

Mardi, novembre 29th, 2011

Il y a quelques jours sortait en France le documentaire A la une du New York Times (Page One: Inside the New York Times). Un article du Monde présentait  le documentaire comme un témoignage sur le passage au Digital, en mettant en avant le moment particulier où il a été tourné, moment de crise, avec la montée en puissance  de Twitter et des blogs dans les pratiques de consommation des médias.
En allant voir le documentaire, on espérait donc en savoir un peu plus sur la stratégie digitale et la division numérique du New York Times, un des premiers quotidiens à avoir décidé de rendre payant l’accès à son site Internet, passé un certains nombre de consultations, un média qui dispose par ailleurs d’une des applications iPad news les plus réussies en termes d’expérience utilisateur.A la une du New York Times
On rêvait aussi d’en apprendre plus sur le lab digital dont dispose le journal, et qui teste, dit-on, les dispositifs de lecture futuristes. Hélas on n’apprend rien de tout ça. Le documentaire se concentre plutôt sur le fonctionnement éditorial du journal, notamment les conférences de rédaction et la construction de l’information, celle placée à la une en particulier. Mais même dans ce domaine, on reste sur sa faim. Il aurait été intéressant par exemple d’en savoir plus sur le recoupement des informations par les journalistes.

Le film se révèle finalement être une belle plaquette pour la “dame grise”, mais sans réelle substance.

Quand la presse redevient payante sur Internet grâce aux smartphones

Mercredi, décembre 9th, 2009

Certes des accès  payants des grands titres de la presse magazine et quotidienne existent sur Internet depuis la fin des années 90. Mais à part la consultation des archives, la plupart des journaux avaient fini par se  résigner à accorder un large accès gratuit à leurs articles… au nom de l’audience. Un titre phare comme Les Echos, un des rares à avoir tenu bon sur l’accès réservé aux abonnés et le paiement à l’acte sur ses articles, est revenu sur sa ligne en ouvrant plus largement l’accès à son contenu en 2008.

Depuis un an, et suite à la chute des revenus publicitaires, les éditeurs de presse ont été forcés de trouver d’autres sources de revenus pour équilibrer leurs comptes. Deux pistes sont alors apparues:

  1. Faire payer les lecteurs (comme pour la presse papier)
  2. Mieux faire contribuer les agrégateurs de news comme Google News, Yahoo News ou Bing, dont une partie significative de l’audience provient de l’agrégation d’actualités

Depuis fin 2008, de plus en plus de voix se sont élevées parmi les éditeurs pour souligner qu’il n’y avait point de salut hors la contribution monétaire des lecteurs. Une des premières voix a été celle de Frédéric Filloux, co-auteur du blog Monday Note (et ancien directeur des éditions électroniques de Libération), qui a montré dans ses billets comment la valeur des inventaires publicitaires Web des journaux avait fondu, et pourquoi le payant devait faire un retour en force.

Plus récemment, Rupert Murdoch, fondateur de News Corp, le plus grand éditeur mondial, a laissé entendre que la consultation de tous ses titres sur Internet va devenir payante. Il a fait pression sur Google News, un des agrégateurs les plus puissants, en menaçant de réserver le contenu de ses journaux à Microsoft,  son grand concurrent. D’autres éditeurs lui ont emboîté le pas sur la revendication d’un partage plus équitable des revenus avec les agrégateurs d’actualités. Rupert Murdoch semble avoir ainsi convaincu d’autres acteurs de le rejoindre dans son combat. Le groupe Axel Springer, le premier éditeur européen, vient de confirmer au Wall Street Journal, un des titres phares de News Corp, la nécessité de rendre payante la presse sur Internet.

Il semble que les éditeurs aient été entendu. Google vient de leur proposer des outils pour mieux gérer quels articles peuvent être référencés et à quelle fréquence ils peuvent d’être affichés par les internautes.

Une fois la position payante arrêtée, 2 questions se posent:

  • Comment faire payer techniquement?, car les sommes concernées par le paiement d’un article sont généralement minuscules
  • Quelle expérience utilisateur pour conforter la lecture payante?

Le succès de l’Apps Store, la boutique en ligne d’Apple, qui a installé de manière convaincante le concept d’application mobile payante (l’équivalent moderne du minitel :) — la tarification à la durée en moins), semble avoir apporté une réponse aux 2 questions. Après Le Parisien et Le monde, et dans la foulée de sa nouvelle formule très convaincante, Libération a ainsi lancé récemment une application iPhone, qui a eu un certain succès dans la blogosphère et les milieux technophiles.
Malgré son très grand succès, le problème de l’AppStore est qu’il est limité à la seule plateforme d’Apple. Qu’en est-il de la lecture depuis les autres smartphones?
La nouvelle Application Shop d’Orange, destinée à héberger des applications pour toutes les autres plateformes de smartphones, est peut-être la réponse.

Il semble ainsi que les smartphone (le téléphone mobile en fait) soient devenus la plateforme de choix permettant aux  éditeurs de maîtriser tous les aspects de la monétisation de leurs articles sur Internet, en rajeunissant leur audience au passage. Voir cet article du Monde sur le sujet.

Le fil AFP de monsieur tout le monde: Twitter versus Facebook

Dimanche, septembre 13th, 2009

J’ai entendu récemment plusieurs fois cette question: quel est l’intérêt de Twitter par rapport à Facebook? De fait, le service de microblogging est vu par la plupart des internautes comme un doublon de la star des réseaux sociaux. Ce sentiment pourrait se traduire dans le nombre d’utilisateurs de Twitter en France, environ 640 000, si on en croit une étude IFOP, qui place à 2% de la population internaute française (32 millions) le nombre de comptes Twitter, bien loin du nombre d’utilisateurs de Facebook (plus de 30% des internautes français, près de 10 millions de personnes).

Récemment, un collègue bénéficiant d’une culture Internet très avancée, notamment sur les réseaux sociaux, se plaignait de la faiblesse de la communauté Twitter en France, et était donc surpris du buzz déclenché malgré tout par cette application.

Twitter est en fait un agrégateur d’information, au même titre que Google News ou un lecteur de flux RSS, et donc un outil de veille “sérieux”.  C’est aujourd’hui un des canaux les plus puissants pour obtenir de l’information (du bruit?) sur une marque, un fait d’actualité ou une personne.  Sa puissance vient du fait qu’il permet d’obtenir cette information en temps réel.
Cette dimension d’agrégateur d’information manque encore à Facebook, qui est perçu encore largement comme un outil de détente (fun), là où Twitter a tout de suite été choisi par des chercheurs, des hommes politiques, ou des agences marketing pour asseoir leur expertise. Récemment, Twitter a été utilisé pour couvrir le crash d’un avion (via la diffusion des premières photos de l’accident) ou les soubresauts de la révolte de cet été en Iran. Twitter apparaît ainsi comme un outil plus facilement adaptable aux besoins professionnels ou “sérieux”.

Le retard de Facebook sur Twitter en tant que source d’information “sérieuse” se révèle dans le fait qu’un agrégateur de flux RSS comme FeedReader n’a pas encore intégré Facebook comme source d’information, contrairement à Twitter et Google News. Il y a sans doute des raisons techniques à cela. Jusqu’à récemment, Facebook ne permettait pas d’effectuer une recherche sur toutes les conversations émises sur ce réseau. Les recherches se limitaient à votre propre réseau de contacts. Aujourd’hui cela changé, et le moteur de recherche de Facebook a gagné en puissance. Gageons que d’ici quelques mois les lecteurs de fil RSS permettront de créer des fils de recherche virtuel sur les conversations publiques émises dans Facebook.

Twitter est un flux RSS qui intègre la conversation simple, primitive, entre l’émetteur et ses récepteurs. Les tweets sont des micro-dépêches commentables. Il n’est pas surprenant que les journalistes soient une des populations les plus représentées chez les utilisateurs de Twitter, notamment aux Etats-Unis et en Angleterre. Le réseau de microblogging est en fait le fil AFP de Monsieur tout le monde, et il permet aux journalistes d’attirer du trafic vers le site Internet de leur journal, via des liens vers leurs derniers papiers.
Twitter est la quintessence de la vague conversationnelle qui envahit l’Internet, une sorte de Haiku de la conversation, là où Facebook est un journal intime très sophistiqué.
N’oublions pas cependant que ce fil de dépêche peut être truqué ou non fiable, notamment parce qu’aujourd’hui l’identité et le sérieux de l’émetteur des dépêches ne peuvent pas être certifiés. Twitter travaille à corriger cela.

Pour le moment, Twitter est  en retard en termes de comptes utilisateurs, mais Facebook ne tient pas à laisser à son concurrent les vertus de la simplicité (de la rapidité?) et la position d’outil de référence pour la recherche en temps réel d’information sur Internet.  En publiant une version “Lite” (légère) de son service, et en essayant de se rapprocher le plus possible de la diffusion de statuts/photos en temps réel, Facebook se donne les moyens de continuer la course en tête, jusqu’à un éventuel rachat de son concurrent?

2009, odyssée de la presse en ligne

Mardi, février 24th, 2009

Slate.fr, site frère de slate.com, un des plus célèbres pure player de la presse en ligne américaine, avec Wired et Salon, a débarqué en France début février 2009, porté par des noms aussi prestigieux que ceux de Jean-Marie Colombani (ancien directeur du Monde) ou Frédéric Filloux (ancien directeur des éditions électroniques de Libération et rédacteur du blog Monday note consacré à la presse en ligne).

Après Rue89 en 2007 et Médiapart en 2008, c’est le troisième acteur d’envergure à lancer un journal accessible uniquement sur Internet. La réalisation de la prophétie annoncée début 2000, en pleine bulle, sur l’inéluctable dématérialisation de la presse est donc en train de s’accélérer.

Il est frappant de voir que la plupart des créateurs de ces journaux sont des journalistes du print qui, suite aux difficultés rencontrées par leur publication (difficultés dont l’Internet est en partie responsable), ont décidé de passer sur le Web, accélérant par là le déclassement des publications papier.

Cette massification de la presse en ligne, parallèle d’une part à la chute de la pagination de grands quotidiens nationaux comme Le Monde et Libé, et d’autre part à la montée en puissance des journaux gratuits, peut inquiéter sur la force du papier en tant que média de masse.

Et là-dessus arrive une crise sévère qui va malmener les budgets publicitaires… et accélérer la cannibalisation du print par le Web.
En 2009, nous suivrons ces 3 laboratoires que sont Rue89, Médiapart et Slate. Dans une prochaine chronique, je les passerai au test de la lecture mobile sur mon HTC.