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Google veut nous faire Buzzer (quand la messagerie Internet devient réseau social)

Mardi, février 9th, 2010

Google Buzz, c’est donc le nom de la nouvelle fonctionnalité réseau social du géant de la recherche sur Internet. A lire les premiers articles des journalistes qui ont pu suivre une présentation, on perçoit la très grande ambition que l’entreprise a placé dans le développement de ce nouveau produit.

Google Buzz

Google Buzz

Intégration à Gmail (la messagerie Internet maison), intégration aux applications mobile dont Maps (cartes) avec géolocalisation automatique des statuts, émission des statuts et des tweets par reconnaissance vocale…  Même sans l’avoir testé, on imagine aisément ce qu’on pourrait faire de Google Buzz, à l’inverse d’un Google Wave par exemple, qui même pris en main, a pu laisser dubitatif.

C’est bon signe. Google vient donc ainsi de remplacer Orkut, qui faisait figure de réseau social maison officiel jusque là, et qui était un échec en Europe et aux Etats-Unis. Dans le post intitulé le réseau social selon Google, j’avançais l’hypothèse que Google pouvait se servir du moteur de recherche, une des pages les plus visitées au monde, comme base d’un réseau social.
L’entreprise a apparemment choisi pour le moment de passer par Gmail et ses 175 millions de visiteurs uniques mensuels, ainsi que ses millions de comptes utilisateurs, déjà habitués à la messagerie instantanée et à la visiophonie (Fonctionnalité dont Facebook ne dispose pas pour le moment). Mais si le réseau social a pu être intégrée à Gmail ou à la version mobile de Maps, on voit mal pourquoi il ne pourrait pas être intégré au moteur de recherche lui-même.

La question est, cette nouvelle tentative détournera-t-elle de nombreux utilisateurs de Facebook (400 millions de membres fin janvier 2010)?
Si on considère que 1 des 3 lieux de passage quotidiens d’un internaute aujourd’hui (avec le réseau social et un moteur de recherche) est la messagerie  personnelle, il est clair que Google dispose des applications et des solutions de scénarisation pour retenir l’internaute dans son réseau. Maintenant, on peut faire le pari que peu de personnes se déconnecteront de Facebook pour maintenir un compte uniquement sur Google Buzz. C’est donc un partage plus équitable du marché des réseaux sociaux que cette application vise, en faisant migrer les comptes utilisateurs maison vers une expérience plus sociale à l’intérieur de l’écosystème Google.

Il se murmure que Facebook de son côté serait sur le point de doper son offre de messagerie Internet… Yahoo quant à lui a intégré depuis le début de l’année des fonctionnalités sociales à sa messagerie… En ce début 2010 le réseau social a donc avalé la messagerie personnelle.

Twitter conforte son statut de première source d’information temps réel grâce à Bing et Google

Jeudi, octobre 22nd, 2009

Microsoft et Google viennent de confirmer une rumeur qui circulait depuis quelques temps: les 2 moteurs de recherche indexeront le contenu des informations diffusées sur Twitter. Voir l’annonce sur le blog anglais de Google.

Dans le billet le fil AFP de monsieur tout le monde, je soulignais comment Twitter avait pris l’avantage sur Facebook en tant que source de veille “sérieuse”. En annonçant leur volonté de référencer les tweets de monsieur tout le monde, et donc en les légitimant, Google et Bing, les 2 moteurs de recherche de référence, viennent de donner un coup de pouce au petit poucet face au géant Facebook.

A noter quand même que Bing-Microsoft, qui a une nouvelle fois tiré avant Google nous apprend Techcrunch, annonce en même temps le référencement des informations temps réel de Facebook. Peut-être Google annoncera-t-il lui aussi le référencement de vos posts sur Facebook (à votre grande surprise sans doute), même si les 2 entreprises n’ont pas un relationnel aussi apaisé que Microsoft et Facebook.

Twitter devrait quand même garder l’avantage sur l’information en temps réel, parce que:

- Twitter diffuse plus d’informations publiques que Facebook, dont une bonne partie des conversations sont d’ordre privé

- Twitter est pour le moment l’interface la plus simple pour diffuser de l’information temps réel; le site a même été conçu pour ça

- Twitter est aujourd’hui l’outil de référence utilisé par les experts de tous milieux pour asseoir leur expertise. C’est donc le réseau qui devrait fournir les informations les plus utiles ou les plus pertinentes.

Le fil AFP de monsieur tout le monde: Twitter versus Facebook

Dimanche, septembre 13th, 2009

J’ai entendu récemment plusieurs fois cette question: quel est l’intérêt de Twitter par rapport à Facebook? De fait, le service de microblogging est vu par la plupart des internautes comme un doublon de la star des réseaux sociaux. Ce sentiment pourrait se traduire dans le nombre d’utilisateurs de Twitter en France, environ 640 000, si on en croit une étude IFOP, qui place à 2% de la population internaute française (32 millions) le nombre de comptes Twitter, bien loin du nombre d’utilisateurs de Facebook (plus de 30% des internautes français, près de 10 millions de personnes).

Récemment, un collègue bénéficiant d’une culture Internet très avancée, notamment sur les réseaux sociaux, se plaignait de la faiblesse de la communauté Twitter en France, et était donc surpris du buzz déclenché malgré tout par cette application.

Twitter est en fait un agrégateur d’information, au même titre que Google News ou un lecteur de flux RSS, et donc un outil de veille “sérieux”.  C’est aujourd’hui un des canaux les plus puissants pour obtenir de l’information (du bruit?) sur une marque, un fait d’actualité ou une personne.  Sa puissance vient du fait qu’il permet d’obtenir cette information en temps réel.
Cette dimension d’agrégateur d’information manque encore à Facebook, qui est perçu encore largement comme un outil de détente (fun), là où Twitter a tout de suite été choisi par des chercheurs, des hommes politiques, ou des agences marketing pour asseoir leur expertise. Récemment, Twitter a été utilisé pour couvrir le crash d’un avion (via la diffusion des premières photos de l’accident) ou les soubresauts de la révolte de cet été en Iran. Twitter apparaît ainsi comme un outil plus facilement adaptable aux besoins professionnels ou “sérieux”.

Le retard de Facebook sur Twitter en tant que source d’information “sérieuse” se révèle dans le fait qu’un agrégateur de flux RSS comme FeedReader n’a pas encore intégré Facebook comme source d’information, contrairement à Twitter et Google News. Il y a sans doute des raisons techniques à cela. Jusqu’à récemment, Facebook ne permettait pas d’effectuer une recherche sur toutes les conversations émises sur ce réseau. Les recherches se limitaient à votre propre réseau de contacts. Aujourd’hui cela changé, et le moteur de recherche de Facebook a gagné en puissance. Gageons que d’ici quelques mois les lecteurs de fil RSS permettront de créer des fils de recherche virtuel sur les conversations publiques émises dans Facebook.

Twitter est un flux RSS qui intègre la conversation simple, primitive, entre l’émetteur et ses récepteurs. Les tweets sont des micro-dépêches commentables. Il n’est pas surprenant que les journalistes soient une des populations les plus représentées chez les utilisateurs de Twitter, notamment aux Etats-Unis et en Angleterre. Le réseau de microblogging est en fait le fil AFP de Monsieur tout le monde, et il permet aux journalistes d’attirer du trafic vers le site Internet de leur journal, via des liens vers leurs derniers papiers.
Twitter est la quintessence de la vague conversationnelle qui envahit l’Internet, une sorte de Haiku de la conversation, là où Facebook est un journal intime très sophistiqué.
N’oublions pas cependant que ce fil de dépêche peut être truqué ou non fiable, notamment parce qu’aujourd’hui l’identité et le sérieux de l’émetteur des dépêches ne peuvent pas être certifiés. Twitter travaille à corriger cela.

Pour le moment, Twitter est  en retard en termes de comptes utilisateurs, mais Facebook ne tient pas à laisser à son concurrent les vertus de la simplicité (de la rapidité?) et la position d’outil de référence pour la recherche en temps réel d’information sur Internet.  En publiant une version “Lite” (légère) de son service, et en essayant de se rapprocher le plus possible de la diffusion de statuts/photos en temps réel, Facebook se donne les moyens de continuer la course en tête, jusqu’à un éventuel rachat de son concurrent?

Rumeurs sur un réseau social musique nommé iTunes 9

Jeudi, août 27th, 2009

Dernièrement, dans le billet “Oublier Facebook“, j’évoquais la volonté affirmée d’Orange de créer son propre réseau social, et je glissais au passage que la dimension globale d’Apple, couplée à son savoir-faire sur l’expérience utilisateur, en faisait un nouvel entrant potentiel sur le marché des réseaux sociaux. Des rumeurs apparues sur le site Boy Genius Report et relayées par Techcrunch semblent donner de la consistance à une telle éventualité.

La prochaine version de iTunes, le gestionnaire de musiques d’Apple, pourrait être un  réseau social, ou en tout cas développerait significativement son intégration avec les réseaux sociaux existants. De fait, outre son savoir-faire particulier dans l’expérience utilisateur et les interfaces intuitives, Apple est celui qui parmi les éditeurs informatique globaux a la plus grande légitimité quand on parle de musique, et ce, qu’on vienne du monde Windows – comme moi - ou du monde MAC.

Cette légitimité a été forgée par le succès de l’iPod et de son successeur, l’iPhone, ainsi que par l’expérience de consommation de la musique installée par l’Apple Store. L’entreprise à la pomme dispose ainsi de beaucoup d’atouts pour occuper la place de hub social musique (incluant une forte dimension éditoriale et une scénarisation originale de l’expérience utilisateur), que Deezer, Jiwa ou Spotify, d’excellents sites d’écoute et de partage de musique, ne sont pas encore tout à fait parvenus à occuper.

Alors attendons-nous à bientôt pouvoir communiquer notre statut Facebook sous forme de l’air que nous chantonnons en ce moment sous la douche, ou en nous rasant. :)

A Frenchman in London, comment commencer un nouveau business à Londres

Samedi, juin 20th, 2009

Ce blog vient de recevoir ses premiers commentaires après 10 mois d’existence, par 2 de mes connaissances, et plutôt sur le mode express. Les conversations sont assez univoques sur la plupart des blogs. C’est que, finalement, c’est assez intimidant de commenter de façon intelligente un papier… et puis il faut déjà trouver le temps de le faire.

Un de mes commentateurs est Emmanuel F., un ami de très longue date qui a décidé de s’exiler à Londres en début d’année… Ah le charme fascinant de commencer une nouvelle vie (professionnelle) à Londres. L’exil vers la perfide Albion par les petits frenchies n’a apparemment pas perdu de son lustre, malgré la sévère crise qui a touché la City l’année qui vient de passer. Et puis de toute façon la presse anglaise bruisse ces derniers temps de “Green shoots”, les premiers signes de la reprise anglaise.

Emmanuel vient donc d’ouvrir un blog bilingue, bloginlondon.com , sous-titré “News columns and other satirical pieces by a Frenchman in London / Chroniques d’actualité et autres pièces satiriques d’un Français à Londres”. Ce site se veut la vitrine d’une agence de production éditoriale miniature, allez donc y jeter un coup d’oeil, si vous avez besoin d’un appoint éditorial, en français ou en anglais, pour vos publications.

Dans son premier commentaire laissé sur mon blog, Emmanuel a glissé un lien vers press-citron.net, sur un article qui s’interroge (faussement) sur la force des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.

Dans cet article, Eric Dupin, un des rares frenchies à rentrer dans la catégorie de bloggueur  techno influent,- grosse parenthèse: dans une première version de cet article j’ai confondu Eric Dupin et Fred Cavazza, Cavazza que j’avais eu le plaisir d’interviewer sur MD Expo 2008 (message perso, Frédéric B., quand pourras-tu remettre ces fantastiques interviews en ligne?) -, Eric Dupin donc se demande ingénuement si le blog n’est pas le vrai réseau social. Citation:

Car après tout, avec mon blog, je peux :

  • créer, fédérer une communauté, donc mettre des gens en relation
  • rassembler des personnes d’horizons divers par affinités
  • lancer des discussions et les suivre
  • partager mes goûts
  • étendre mon réseau, personnel ou professionnel
  • renforcer ma notoriété, contrôler ma réputation et soigner mon identité numérique, etc.

Un blog peut certes faire tout ça, mais le réseau social produit tout cela à la puissance 10, surtout si on n’a pas la chance d’avoir la notoriété de F. Cavazza. Un seul exemple: Tous les bloggueurs influents ont pris l’habitude de référencer leur blog sur Facebook, Viadeo ou Linkedin pour démultiplier le trafic. Rien de tel que la fonctionnalité “Article” de Facebook pour informer son réseau de contacts d’une nouvelle parution. Un fil RSS permet la même chose, mais l’avantage d’une notification dans le cadre d’un réseau social réside dans la scénarisation de cette annonce et la puissance virale de diffusion de l’article. J’espère pouvoir, grâce à Frédéric Bascunana (mon autre commentateur) coller dans ce post mon interview de Frédéric Cavazza en 2008.

Au fait, attendez-vous à retrouver le blog d’Emmanuel prochainement en blog-roll sur ce site.

Oublier Facebook?

Dimanche, juin 14th, 2009

Le Journal du Net, une des références du journalisme techno en France, proposait le mois dernier un excellent article sur “Ces réseaux sociaux qui résistent à Facebook“. Dans l’euphorie ambiante autour de ce réseau, on a effectivement tendance à oublier que d’autres plateformes lancées avant Facebook tirent encore leur épingle du jeu. De quoi conforter la volonté d’Orange de lancer son propre réseau social.

Parmi les réseaux cités, il y a notamment Orkut, la plateforme de Google qui marche très bien en Amérique latine, mentionnée dernièrement dans un article sur ce blog même et cité dans la vidéo de présentation de Google Wave. Il semble acquis que la marque Orkut ne disparaîtra pas en Amérique Latine.

Dans cette liste de réseaux, on trouve le chinois Xiaonei.com, qui fait 17 millions de visiteurs uniques, là où Facebook n’en fait que 1 million en Chine, Wer Kennt wen en Allemagne – sans oublier le réseau mobile aka-aki – (7 millions de VU/vs 5 millions pour Facebook) , Hyves aux Pays-bas (5 millions/vs 1 million).

Le JDN en profite au passage pour parler du réseau du Benchmark Group, sa maison mère: Copains d’avant.

Toutes ces plateformes sont des champions nationaux remarquables, dont le succès repose sur la valeur de l’expérience utilisateur proposée, l’antériorité de lancement, et le support linguistique adapté. Mais le point fort de Facebook est sa dimension globale, qui lui confère une dynamique de croissance bien plus puissante. Cette dimension globale sur laquelle peuvent s’appuyer des acteurs comme Orange ou Apple (bientôt?) pour lui faire concurrence.

Enfin, en faisant traduire son interface par ses propres membres, sur la base du volontariat, Facebook a trouvé le moyen de répondre au défi du particularisme linguistique.

Au fait merci au musée d’Orsay pour le titre de cet article, il faut que je me dépêche d’aller voir l’expo “Oublier Rodin”.

Le réseau social selon Yahoo?

Samedi, mai 9th, 2009

On pouvait lire récemment dans la presse que Yahoo, par la voix d’un de ses porte-parole, avait affirmé que le portail est intéressé par le développement des réseaux sociaux. Le contraire aurait été étonnant. Yahoo a été le premier acteur “historique” de l’Internet à faire une proposition de rachat de Facebook. C’était en 2006, il a ensuite été suivi par Google et Microsoft.

Impossible pour ces acteurs “historiques” de ne pas avoir une stratégie réseau social. Depuis 3 ans, ce type de réseau est devenu le nouveau paradigme de l’expérience utilisateur Internet. C’est aujourd’hui le format par excellence des communications sur le Web, un peu comme l’association portail+pages persos, était le paradigme à la fin du siècle précédent (et oui nous avons changé de siècle). Tout acteur qui a pour ambition de devenir le point d’entrée principal (et de rétention) sur Internet se doit de faire évoluer sa proposition éditoriale pour prendre en compte la dimension sociale.

Ce qui surprend dans le succès de Facebook ces dernières années, c’est que, en dehors des flux d’activités, ce succès est basé sur des fonctionnalités et des contenus que les acteurs historiques offraient déjà à leurs utilisateurs.

A titre personnel, je dispose d’une adresse mail Yahoo depuis la fin des années 90. Je suis donc exposé depuis plus de 10 ans à l’évolution de l’offre de contenus de ce portail. Si on prend les applications les plus utilisées aujourd’hui sur Facebook, encore une fois en dehors du flux d’activité, Yahoo les propose toutes depuis plusieurs années: messagerie, publication de photos, page personnalisée, chat, gestion de groupes et de listes de diffusion, vidéos…

J’utilise massivement la messagerie Yahoo, mais en dehors de la fonctionnalité de gestion de liste de diffusion, pratiquée il y a quelques années, je n’ai utilisé que très ponctuellement les autres services. Sur plus de 10 ans, je n’ai utilisé qu’1 à 2 fois la fonction chat de Yahoo. Essentiellement parce que Skype est mon logiciel de chat favori, et que je conçois – peut-être cela changera-t-il sous l’influence de mon expérience avec Facebook – ma session mail Yahoo comme quelque chose de relativement privé, et qui n’a pas à être “partagé” avec mon réseau d’amis. Partagé dans le sens où, je n’ai pas forcément envie que mon carnet relationnel sache que je suis en ligne au moment où je lis mes mails.

Qu’est-ce qui explique donc que Facebook ait suscité un nouvel engouement pour ces services, alors que Yahoo en disposait avant? Si cela ne vient pas des contenus eux-mêmes, c’est qu’il s’agit d’autre chose. Facebook l’a emporté sur la scénarisation de tous ces contenus et sur leur intégration. Facebook, Frienfeed, Bebo, Twitter, ces services Web nouvelle génération, offre une manière nouvelle de scénariser les contenus Web et l’expérience utilisateur.

Ce qu’on apelle la dimension sociale, qui par bien des aspects est une dimension communautaire, existait bien avant 2004, l’année de l’ouverture de Facebook à tous. L’année 2000 a vu une explosion de sites communautaires, dont les guides de consommation basés sur des opinions et des avis consommateurs, tels que epinions.com ou dooyoo.fr, auquel j’ai collaboré. Il y a d’ailleurs a un retour en force de ces contenus communautaires, tous les éditeurs de sites ayant décidé d’exploiter les contenus générés par les utilisateurs (UGC). Le secteur du voyage est un des plus actifs sur ce créneau avec des sites comme voyazine.voyages-sncf.com, Bluenity, TripAdvisor, Routard, ou VibeAgent.

Comment se mettre au goût du jour pour Yahoo? Comme tous les autres poids lourds, il n’a évidemment pas attendu cette chronique pour penser et tenter de mettre en oeuvre une évolution de son menu éditorial. La tentative de rachat de Facebook était déjà une première réponse, maligne et réactive. AOL semble mener avec doigté une telle stratégie, à travers son rachat du réseau social Bebo et son intégration avec les services maison les plus populaires. Nous en parlerons plus tard.

En dehors du rachat/intégration d’un réseau social d’envergure, l’autre approche consiste à modifier la scénarisation des contenus sur le portail. Ceci implique une nouvelle hiérarchisation des services, des modifications ergonomiques et la capacité à ouvrir le portail sur toutes les innovations de l’Internet, y compris si elles viennent d’éditeurs tiers. C’est la stratégie appliquée par Google, après le constat d’un rapprochement impossible avec Facebook. Il se murmure d’ailleurs que Twitter serait la nouvelle cible du moteur de recherche.

En termes d’expérience utilisateur, Yahoo pourrait tenter par exemple d’activer automatiquement les sessions chat de ses utilisateurs, comme le font Facebook et Google Mail. C’est une manière de forcer la main des utilisateurs, qui pourraient protester, mais on peut faire le pari que le succès des réseaux sociaux de dernière génération contribue à modifier l’attitude des utilisateurs face à une telle situation.

Le réseau social selon Google: iGoogle

Vendredi, avril 3rd, 2009

Je vous avais promis récemment d’investiguer ce que serait la réaction de MSN et Yahoo face au développement fulgurant de Facebook. Cela viendra bientôt, mais faisons d’abord un détour par Google. Car s’il y a bien un acteur de premier plan du marché Internet qui avait lancé son réseau social il y a déjà 4-5 ans, c’est Google. Ce réseau existe toujours et il s’appelle Orkut. Or… quoi? Orkut. Vous n’en avez pas souvent entendu parler car il y a 5 ans Google avait choisi de le lancer sur la pointe des pieds, un peu sur le mode réseau d’initiés. Je me souviens qu’un collègue chez Mandriva m’avait co-opté à un moment, mais je ne sais plus si j’avais répondu. Tiens encore un réseau à rajouter à ma liste de réseaux sociaux auxquels je ne me suis pas abonné. Mais promis j’activerai un compte Orkut prochainement pour les besoins de la comparaison.

On peut ainsi dire que si un acteur est passé à côté de la vague réseau social alors qu’il avait les cartes en mains au départ c’est Google. Sans doute l’entreprise n’avait-elle pas prévu que le phénomène se développerait aussi rapidement ces 2 dernières années.

Alors comment rattrape-t-elle son retard aujourd’hui? Sa stratégie semble basée sur 2 piliers: OpenSocial, un ensemble de spécifications ouvertes pour les réseaux sociaux, et iGoogle, son système de gestion de page personnalisée (le ”petit” camarade de Netvibes :)   ).  Lire ce qu’en pense Techcrunch.

Nous parlerons plus tard de OpenSocial, une alliance imaginée par Google pour empêcher que le marché du réseau social ne soit verrouillé par… Facebook notamment, en permettant à tous les contenus sociaux de communiquer entre eux.

La réponse frontale de Google à Facebook n’est pas basée sur son réseau social maison, Orkut, qui ne bénéficie pas de la notoriété de la star des réseaux sociaux, mais sur iGoogle qui est la version personnalisée du moteur de recherche Google, avec les contenus qui vous sont les plus chers. Or le moteur de recherche est le service le plus visité de Google, celui qui est devenu un passage obligé au moins une fois par jour pour tous ceux qui sont connectés.

Bien qu’ayant entendu le nom iGoogle depuis plus d’un an, je n’ai remarqué le service que fin 2008, lorsque j’ai vu sur mon ordinateur, au travail, que Google me proposait par défaut la version personnalisée du moteur de recherche… ce qu’il ne fait pas sur mon ordinateur à la maison. C’est qu’au travail, il a repéré que j’utilisais au moins 3 services Google: le mail, la gestion de campagne de liens sponsorisés, et Google Analytics (l’analyse de statistiques Web). Or Google permet aujourd’hui à partir d’une seule connexion d’accéder à tous les services et contenus maison, le tout pouvant être synthétisé sur votre page iGoogle (via des widgets)… un peu comme Facebook vous permet d’accéder à tous les contenus du Web… “Remix the  Web” quoi, comme dirait Netvibes… Avec iGoogle, vous pouvez chatter avec vos amis via Google Talk (dans la même page que celle du moteur de recherche) et vous pouvez suivre leurs flux d’activité/statuts via des applications tierces.

Google utilise ainsi la popularité de son moteur de recherche pour lier tous ses services entre eux et y ajouter la dimension  “sociale”. Viendra bientôt le temps d’inclure les fonctionnalités restantes de Orkut dans iGoogle, et de faire disparaître cette marque peu connu du grand public, au moins en Europe et aux Etats-Unis.

Pourquoi Facebook est devenu votre logiciel de chat par défaut, et pourquoi MSN et Yahoo sont devenus ses principaux concurrents

Dimanche, mars 22nd, 2009

Début avril 2009, cela fera un an que Facebook aura intégré la fonctionnalité de chat (tchatche en français) à sa plateforme. Ce qui pouvait ressembler, avant cette intégration, à un trombinoscope un peu évolué avec des fonctionnalités de mail interne est devenu alors un logiciel de messagerie instantanée intégrant des conversations protéiformes avec votre réseau d’amis et de contacts, dans un environnement qui regroupe les applications et les contenus les plus populaires de l’Internet.

Tous les éditeurs de messagerie instantanée, AOL, Microsoft (avec MSN), Yahoo, Skype et Google (Google Talk) ont dû tiré la langue. En effet, avec Facebook Chat, un nouveau concurrent arrivait sur ce marché déjà encombré, un concurrent armé de la croissance exponentielle de sa base utilisateurs, là où la base des acteurs “historiques” a tendance à faire du surplace ou à grossir de façon incrémentale.

La croissance de Facebook repose en partie sur la possibilité (inventée par d’autres et également utilisée par les autres réseaux sociaux) d’inviter d’un coup tout son carnet d’adresse, mail ou chat, à s’inscrire sur le site. Avec le développement de la fonctionnalité chat, c’est une partie de plus en plus importante des utilisateurs inscrits chez les acteurs historiques qui migrera ou dupliquera son usage de la messagerie instantanée vers Facebook. Surtout si Facebook trouve le moyen de permettre à ses utilisateurs, comme le fait Imo.im, de chatter avec des personnes inscrites sur des logiciels de messagerie concurrents. Un article de Techcrunch montre d’ailleurs comment Microsoft et Yahoo freinent pour le moment l’intégration de leurs logiciels de messagerie avec  ceux des concurrents.

Le but clairement affiché de ce réseau social est qu’on s’en serve pour interagir aussi bien avec ses proches qu’avec des clients, des fans, ou des entreprises, augmentant par là les possibilités de conversations instantanées de tous ordres, y compris au travail. En comparaison, les autres acteurs grand public viennent d’une culture où la messagerie instantanée est réservée à la sphère privée (famille, amis, etc.). Cela a des implications importantes sur les relations que les entreprises ou les personnes publiques développeront bientôt avec leurs “cibles”. On peut imaginer que telle personne publique ou entreprise pourra organiser un chat avec ses fans via Facebook. Parmi les nouvelles fonctionnalités de Facebook se trouve justement la possibilité pour les organisations et les personnalités publiques d’avoir accès aux mêmes types de fonctionnalités qu’un utilisateur lambda (chat, messagerie, invitation, vidéo).

Jusqu’à présent les entreprises passaient essentiellement par les sites de news de type Libération, Le Monde, ou Les Echos, pour organiser des chat à grande échelle en direction de leurs cibles; on peut parier qu’elles utiliseront de plus en plus Facebook pour ce genre d’événements.

Sur le marché de la messagerie instantanée, en termes d’utilisateurs inscrits, la hiérarchie est la suivante:

1. MSN – Live Messenger (environ 320 millions actifs)
2. Yahoo Messenger (plus de 248 millions actifs)
3. Skype (environ 309 millions enregistrés)
4. AOL (plus de 100 millions enregistrés)

Source: Wikipédia

En comparaison, Facebook ne compte aujourd’hui que 175 à 180 millions d’utilisateurs. Il est ainsi déjà devant AOL, mais derrière MSN, Yahoo et Skype. Cela dit, ces chiffres reflètent le nombre total d’utilisateurs inscrits, ils ne disent pas le nombre d’utilisateurs réellement actifs; par exemple combien utilisent le service au moins une fois par semaine.

Facebook étant devenue une des destinations les plus prisées au monde (il est dans le top 10 des sites les plus visités), on peut imaginer que le nombre d’utilisateurs actifs de son service de chat augmente lui aussi de manière exponentielle.

Dans une prochaine chronique, nous verrons si, en  réponse, MSN, Yahoo, Google, Skype  et AOL vont se transformer en réseaux sociaux.

Facebook, premiers symptômes

Samedi, février 28th, 2009

J’ai fini par céder aux sirènes du réseau social 2.0. Après avoir longtemps refusé de créer un profil Facebook, notamment en raison des interrogations que ce réseau suscite sur le respect de la vie privée, j’ai appuyé sur le bouton “S’inscrire”.

La première invitation reçue sur Facebook, de la part de mon ami Damien, date d’octobre 2007. Le site a connu depuis une progression fulgurante: 175 millions d’utilisateurs dans le monde aujourd’hui.

Ce qui m’a fait entrer dans la danse n’est pas d’abord la volonté d’interagir avec mon réseau d’amis. J’avais déjà résisté aux invitations de Copains d’avant, Friendster, Myspace, High5, et j’en passe… J’ai fini par céder parce qu’un collègue,  Alain, a créé un profil Facebook pour une manifestation qui aura lieu au Parc de la Villette, l’exposition Kréyol Factory, dont j’ai piloté la création du site Internet.
Travaillant sur les contenus Internet du Parc de la Villette, j’ai voulu approfondir les possibilités autour du profil Facebook d’une manifestation culturelle. Réfléchissant en outre sur les interactions entre un Widget et un réseau comme Facebook, ma position devenait intenable. Comment travailler sur les contenus Web sans vivre de l’intérieur l’expérience applicative que beaucoup d’internautes apprécient et vivent aujourd’hui?

Ce qui impressionne quelques heures après avoir créé son profil:

  • La facilité à retrouver des contacts
  • La dimension très addictive de Facebook
    L’utilisateur ayant la possibilité d’être notifié sur toute l’activité du site (une trentaine d’actions standards), il est difficile de couper le lien avec Facebook si on a choisi de suivre l’activité autour de soi et de son cercle d’amis. On peut bien sûr choisir de ne pas recevoir de notifications, mais au risque de manquer quelque chose, et de se placer hors réseau.
    Les fournisseurs de messagerie Internet comme Yahoo et Gmail doivent sans doute apprécier le gigantesque trafic que leur apporte le réseau Facebook. Il est peu probable qu’un utilisateur délaisse une adresse mail créée il y a plus de 10 ans, pour s’en créer une @facebook.
  • L’expérience totale que le site propose aux internautes
    Facebook, tel un ogre, s’évertue à intégrer toutes les applications populaires de l’Internet (messagerie, blog, flux RSS, podcast). Il en développe de spécifiques, assez malignes… le plus fort est qu’il le fait a priori sans menacer l’audience des applications originales dont il se sert. Plus qu’un “carrefour d’audience”, Faceboook est un agrégateur d’audiences, l’Internet de l’Internet
  • La possibilité de s’en servir aussi bien pour le fun que pour le business
    Jusqu’à présent le seul réseau social que je m’étais employé à développer était mon réseau de contacts professionnels Linkedin. Que devient l’intérêt pour Linkedin, quand un réseau comme Facebook allie les 2 mondes? D’autant qu’il est peu probable que Linkedin puisse développer de manière aussi efficace que Facebook la dimension “fun” de ses applications, le site s’étant depuis trop longtemps positionné ‘Business’.

Facebook restera-t-il un agrégateur d’audiences initialement créées ailleurs, ou va-t-il marcher sur les plates-bandes d’autres éditeurs? A priori les raisons de son succès repose largement sur cette capacité à agréger diverses expériences Web sans menacer le métier des émetteurs originels. Il n’est d’ailleurs pas possible de bien faire tous les métiers à la fois… ce qui devrait rassurer des sites comme Deezer (playlists audio), Dailymotion/Youtube (vidéo), les sites de news… Mais qu’en est-il pour Myspace, Netvibes, Viadeo ou Linkedin ? A suivre…